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Vietnamese 101

Faut-il vraiment apprendre le vietnamien?

· Vivre à Hanoi

S’expatrier pour la première fois, c’est découvrir des débats de fond comme « apprendre ou ne pas apprendre la langue locale ? »

Débat et procrastination

Depuis la France, ou tout autre pays à forte dominance linguistique (Angleterre, US, Allemagne, Maghreb, Chine….) la réponse est évidemment « bien sûr !! ».
 

Mais une fois arrivés dans un pays dont la langue n’est parlée que par les ressortissants (ou presque), la réponse est plus nuancée. Deux camps s'opposent :

D’un côté, les tenants du « de toute façon, à quoi ça sert ? Quand on aura quitté le pays, où est-ce que je parlerai malgache / laotien / tamul…. (indiquez la langue exotique de votre pays d’accueil) à part au resto ?! ».
De l’autre les courageux… (ou idéalistes ?!), adeptes du « c’est quand même un bon moyen pour comprendre la mentalité locale, et de rencontrer des locaux, et de se faire des amis…. Et de se faire (enfin) comprendre (un peu) !! ».
Bref, pleine de bonne volonté et partisane initiale de l’intégration linguistique, j’avais acheté la méthode Assimil avec l’ambition de pouvoir baragouiner dès mon arrivée.

Le vietnamien... sans peine?

Wikipedia dit pudiquement du vietnamien que c’est « une langue isolante et monosyllabique, dotée d'un système de 6 tons », dont l’ancienne écriture en sinogrammes a été occidentalisée par Alexandre de Rhodes dont « les modulations tonales ainsi que les différences de prononciation au nord, au centre et au sud du pays peuvent rendre le vietnamien difficile à appréhender pour un étrange».

En clair, il m’a fallu 3 mois pour entendre la distinction entre « » (poulet) et « cá » (poisson), 6 mois pour savoir dire le nom de ma rue (et ne plus être obligée de l’écrire sur un papier) et 9 mois pour arriver à compter jusqu’à 10 !

J’ai assez vite abandonné tout apprentissage. Mon livre Assimil prit patiemment la poussière sur une étagère, et je pensais en rester là.

Jusqu’à que… peu à peu… au bout d’un an... les choses changent. Distinguer les sons dans les conversations. Arriver à faire baisser les prix parce que j’avais compris que l’acheteur avant moi avait payé son kilo de mangue 30.000 dongs et pas 150.000… Arriver à diriger le taxi… Arriver à prononcer les adresses... Petites victoires du quotidien que je relatais fièrement à une amie vietnamienne. Qui m’a mise au défi d’apprendre vraiment le vietnamien !

Et me voilà, un an après mon arrivée en cours de vietnamien.

Vietnamese 101, here I come !

Le B.A. BA: l'alphabet

A la différence des autres pays de l'Asie du Sud-Est, le Vietnam a un alphabet occidentalisé. Merveilleux, se dit-on, ça va être beaucoup plus facile que le chinois, le japonais, le coréen ou le lao.

Sauf qu’en fait d’alphabet occidental, c’est un alphabet à, non pas 26, mais 36 lettres (merci les signes diacritiques), avec 3 A, 3 O, 2 C, 2 D, 2 K… bref c’était un piège !

Sonorités

Non seulement il y a 6 tons mais en plus il y a des diphtongues, des prononciations imprononçables et des tas de pièges.

G se prononce [g], lorsque la lettre est suivie d’un A, d’un O mais [z] lorsqu’il est suivi d’un I.

R, Gi et D se prononcent [z] (pourquoi trois écritures pour le même son ??? mystère et boule de gomme !).

Pour prononcer le son [d], il faut un Ð (D barré).

E se prononce [ê] quand Ê se dit [é].

Il faut distinguer entre le A et le  (l’un étant plus ouvert que l’autre... Mais lequel ?). Pareil entre le O, le Ô et le Ó.

Ainsi, « » veut dire « Mademoiselle » et « » veut dire « avoir » ou « est-ce que » ou « oui »… sachant que « oui » peut aussi se dire « Vang » ou « Da » (prononcé [za]) selon qu’on s’adresse à quelqu’un de plus âgé ou de plus jeune. Mais je préfère encore le « oui » qui s’écrit « » (avec une apostrophe en forme de virgule) et qui se grogne (plutôt qu’il ne se prononce) [oeu] de façon très rauque. C’est leur « Ok ».

Enfin attendez d’avoir à dire « ngu’oi » ( « nationalité », pour dire que vous être français) ou « gu’ng » (« gingembre »)… le plus simple pour le prononcer correctement est de déglutir à l’apostrophe…. Bon entrainement !

Cela fait bien rire les vietnamiens de nous voir nous escrimer à prononcer correctement leurs mots. Personnellement, cela m’a pris 15 jours pour commander du thé au gingembre « Em có trà gu’ng không ? ». La serveuse était sympa, elle a beaucoup ri, m’a repris quinze fois et de guerre lasse m’a servi mon thé en anglais.

Autre sujet d'amusement : les pronoms

En France, en Angleterre, et dans beaucoup d’autre pays, c’est je – tu – il – nous – vous –ils… Simple. Ici, il y a bien le tôi (je)… que personne n’utilise. C’est mal poli parce qu’individualiste et distant.

Ici, on parle de soi-même et de notre interlocuteur à la troisième personne du singulier en fonction de notre relation… et de la différence d’âge et en distinguant entre les genres… sauf pour les plus jeunes !

Ainsi, je dois appeler les hommes plus âgés « Anh » ([èng]) et les femmes plus âgées « Cḥi»[tchi], et les plus jeunes « Em » [èm]. Mais les très très vieux doivent être appelés « Ông » (grand-père) et « Bà » (grand-mère)… Entre « Anh » et « Onh », il y a « Chu » qui serait ( ?) une façon affectueuse de s’adresser à quelqu’un de beaucoup plus âgé mais pas nécessairement vieux ( ?!!) …. Non je n’ai pas encore vraiment compris qui je peux appeler de la sorte !

Il amusant de constater qu’il est considéré comme plus poli de faire état de la relation plutôt que d’employer le « je » et le « tu ». Cela se comprend quand on connait l’importance pour les vietnamiens de leur premier cercle. Les vietnamiens disent souvent que sans leur réseau ils ne sont rien, et ils ne peuvent rien faire. D’où cette importance des relations établies et l’importance de les manifester ?

Surprises du vocabulaire

Une fois la prononciation et les règles de politesse (presque) maîtrisées, on peut se pencher sur le vocabulaire. Les mots vietnamiens sont monosyllabiques… sauf les sino-vietnamiens qui sont en deux mots. A apprendre par cœur… sans comprendre !

Ainsi « luât su’ » veut dire avocat, « ki͂ su’ » veut dire ingénieur, « luât » veut dire droit et « ki͂ » veut dire technique… mais « su’ » ne veut pas dire « personne » !

Traducteur juridique se dit « bien dịch luật » et se prononce [biènn-zik-louat]. Professeur d’équitation se dit « giào viên day đua ngu’a » et se prononce [ziao-viènn-zaï-doua-ng**ua]…. Il y a des métiers qu’il ne vaut mieux pas exercer !!

Phỏ signifie rue et est aussi un plat traditionnel… qu’on mange dans la rue… et dérivé du pot-au-feu (Cocorico !)

Khach veut dire à la fois invité et client. Faut-il en déduire que les vietnamiens ont le sens de l’accueil ou le sens des affaires ? Ou les deux ?

Je sais maintenant me présenter et demander aux gens comment ils vont, ce qu’ils font et s’ils ont une famille.

Et dire mon âge. C’est essentiel de dire son âge. Cela permet de savoir dans un dialogue, lequel des deux est Em, lequel des deux est Anh ou Chi !

Moralité : c’est en prenant des cours de vietnamien qu’on mesure la différence culturelle !!

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